9 septembre 2011

mmm intéressant...


L’intellectuel américain y estime que « la bureaucratisation, la prolifération des images, les idéologies thérapeutiques, la rationalisation de la vie intérieure, le culte de la consommation », les changements des modes de vies familiaux et sociaux tendent à faire surgir les traits narcissiques présents à divers degrés en chacun de nous, parce qu’une telle modification semble être la meilleure façon de supporter les tensions et anxiétés de la vie moderne. Mais le narcissisme en se révélant comme « une défense contre des pulsions agressives plutôt qu’un amour de soi » est plus proche de la haine que de l’admiration de soi. Aussi le philosophe ne tient pas à ce qu’on interprète sa thèse comme une dénonciation moralisante de l’individualisme ou de l’égoïsme.
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Alors que la politique est devenue un spectacle, l’art lui tend de plus en plus à brouiller les frontières entre réalité et illusion ou spectateurs et acteurs en prétendant présenter soit une version plus intense de la réalité soit au contraire une représentation absurde et vide de la vie. Citant Guy Debord, Lasch évoque la propagande de la marchandise qui émancipent femmes et enfants contre l’autorité patriarcale pour mieux assujettir chacun au paternalisme de la publicité, des entreprises industrielles et de l’État. La publicité n’encourage pas tant la satisfaction de tous les désirs que le doute. Elle crée des besoins sans les satisfaire et engendre de nouvelles anxiétés. Elle encourage le consommateur à la fascination pour la célébrité, à cultiver des goûts extraordinaires, à s’identifier aux élites dominantes. Mais en favorisant ces aspirations grandioses, elle conduit au mépris et au dénigrement de soi.
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Notre Narcisse se réfugie alors dans la plaisanterie, la moquerie, le cynisme. Cette attitude de détachement cynique résulte pour Lasch de la sur-qualification des employés par rapport aux compétences requises dans une société où les loisirs et la sociabilité prennent les traits du travail. À mesure que s’étendait la production des biens et services, le sport et le jeu comme plus largement les loisirs conçus comme évasion sont devenus des accessoires de l’industrie structurés par les mêmes forces que le bureau et l’usine. Le détachementironique atténue la souffrance mais contribue à un désengagement et à une paralysie des volontés de changements sociaux. Il ne fait qu’augmenter le sentiment d’inauthenticité : « les rôles que l’on se crée pour soi même deviennent aussi contraignants que les comportements dont ils sont censés nous soulager par le détachement ironique ». Emprisonnés dans notre moi, nous cherchons par n’importe quel moyen, par n’importe quelle obsession, par n’importe quel idéal donnant un sens à notre existence à en échapper. Mais en dépit des nouvelles thérapies et des nouveaux cultes, ni l’art ni la religion ne peuvent nous en sortir car « dans une société fondée si largement sur l’illusion et l’apparence, l’art et la religion - les illusions ultimes - n’ont pas d’avenir. » Nous aboutissons à une sorte de cul-de-sac où « la vie de prison du passé apparaît à notre époque, comme une véritable libération ».
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